Bruno Derrien, qui a officié en Ligue 1, revient sur sa carrière
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Arbitre en Ligue 1 pendant dix saisons, de 1996 à 2005, Bruno Derrien revient dans A bas l’arbitre (1) sur sa carrière, son amertume d’avoir vécu une relégation en Ligue 2 - qu’il contesta en justice - pour un Bordeaux-Lyon, en septembre 2005, qu’il avait, de son propre aveu, totalement foiré, les guéguerres de chefs qui minent l’arbitrage français et la solitude des hommes en noir.
Pourquoi ce livre ?
Il fallait raconter les coulisses de l’arbitrage français. En décembre 2007, on apprend qu’il n’y aura pas d’arbitre français à l’Euro. Se pose alors la question: les arbitres français sont-ils nuls ?Il fallait raconter comment on en était arrivé là.
Vous dites que les arbitres sont souvent les seuls à connaître les règles du jeu.
Le foot est le seul sport où les pratiquants et les coaches ignorent les règles. D’où des incompréhensions, des réactions épidermiques et des accès de violence à l’égard des arbitres. Malheureusement, la première autorité que rencontre parfois un jeune lorsqu’il pratique un sport, c’est celle d’un arbitre, avec un sifflet, des cartons, qui sanctionne : il ne comprend pas.
Que faut-il pour améliorer l’arbitrage ?
Le terrain de foot est le plus grand des terrains de sport, mais celui où il y a le moins d’arbitres. Le recours à la vidéo dans certains cas, pour voir si le ballon a franchi la ligne de but, s’il y a main dans la surface, serait une bonne chose. Il faudrait aussi expérimenter l’arbitrage à cinq. Ceci permettrait de recycler d’anciens arbitres et de faire monter des jeunes. Aujourd’hui, on n’accepte plus l’erreur de l’arbitre, elle est devenue impensable. Faisons plutôt le procès du système d’arbitrage qui n’est plus adapté au foot moderne. La commission chargée d’apporter des solutions à la crise de l’arbitrage [créée en mars dernier, ndlr] est une chose positive. Elle a fait des bonnes propositions, comme favoriser l’entrée d’anciens joueurs dans le corps arbitral.
N’est-il pas un peu malsain que d’anciens arbitres comme vous jugent les actuels dans les médias ?
Je regrette que les Gilles Veissière, Alain Sars, Claude Colombo ou Joël Quiniou soient aujourd’hui écartés. Au lieu d’utiliser leurs talents dans les médias, ils pourraient apporter des choses aux jeunes arbitres. On me reproche de flinguer les arbitres. J’essaie de critiquer de manière pédagogique et objective. Lorsque j’officiais, ça ne m’aurait pas terrorisé d’avoir un consultant dans les tribunes. Si on en a peur, on n’a rien à faire sur un terrain.
Vous dites que la Fédération française de foot vous a lâché.
Après le Bordeaux-Lyon que j’ai raté, j’étais seul. Mon boss m’a annoncé par téléphone qu’on me retirait le match Metz-Auxerre, prévu deux jours plus tard. Après, je ne l’ai plus eu au téléphone. C’est ça qu’il faut revoir : il n’y a pas de soutien psychologique lorsque les arbitres sont en difficulté. L’arbitre est un homme seul, il est le seul à gamberger, à refaire son match. Il voit ses collègues arbitres une fois tous les mois, quand il y a un stage. Nous ne sommes pas coachés. L’arbitrage prend du temps. J’ai fait des sacrifices personnels, professionnels, pour arriver au plus haut niveau. Tous ces sacrifices pour si peu de reconnaissance… J’ai beaucoup donné mais ce qui me fait mal, c’est d’être sorti un peu comme une «merde». Je voulais finir ma carrière au stade Bollaert à Lens, elle s’est terminée au Conseil d’Etat. Il y avait moins de monde dans les tribunes, c’était bien plus austère, et en plus j’ai perdu.
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